Le « Big Data » ou comment prévenir plutôt que guérir !

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Depuis quelques années, les clubs sportifs se lancent dans un nouveau défi en collectant de plus en plus de données sur leurs joueurs afin de prévoir, anticiper et bientôt, pourquoi pas, redéfinir leur façon de s’entrainer ou d’aborder leur passion. L’ASM Clermont Auvergne, dans son ambition d’innover et de suivre les nouvelles technologies, a pris ce virage en intégrant à son staff sportif, Vincent Goddelière, analyste Data des « jaune et bleu ». Coup de projecteur sur ce nouveau domaine, les perspectives et les enjeux des « Data » dans le monde de l’Ovalie.

Quand on lui demande de définir son travail, Vincent Goddelière, le responsable des données collectées par le club, répond du tac au tac « Analyser des choses qui ne sont pas accessibles dans les situations de Rugby ». Celui-ci consiste, en fait, à collecter et analyser de nombreuses données individuelles ou collectives pour en extraire des situations et prévenir leurs conséquences dans le quotidien d’un joueur de rugby professionnel. Un métier en pleine évolution qui pourrait bien bousculer certains principes et remettre en cause de vieilles vérités sur le Rugby et le sport en général. En effet, l’idée est de considérer le sportif comme une entité sur laquelle viennent influer de nombreux facteurs susceptibles de modifier sa performance. En identifiant et en comprenant, de mieux en mieux, ceux-ci lors d’un suivi longitudinal, il devient alors possible d’anticiper, corriger et même prévenir afin d’adapter au mieux le travail en fonction du résultat sportif demandé.

De quoi parle-t-on ? Quelles sont ces données ? « Il y a deux grandes familles de données collectées », détaille le responsable Data du club. « Les données objectives qui concernent l’analyse GPS des joueurs tout au long de la semaine d’entrainement permettant de mesurer chaque déplacement, les accélérations et les vitesses, les données météorologiques qui influent sur la performance (la température, le vent, l’humidité), les données de musculation (puissance / fréquence, etc…) ou encore les enregistrements des cardiofréquencemètres qui permettent d’avoir une idée précise de l’intensité à laquelle le corps est soumis ». Viennent ensuite des données dites « subjectives ». « Ou le Wellness », poursuit Vincent. « Dans cette seconde série de données collectées nous nous intéressons à des choses beaucoup moins objectives qui permettent très souvent d’ouvrir le dialogue.  Cela concerne des choses aussi variées que le sommeil, le ressenti de la douleur, la fatigue, l’humeur, ou encore l’appétit ». Un questionnement régulier permet de créer un suivi longitudinal et d’alerter si les données varient sans raison particulière. « Il faut tenir compte du contexte car les lendemains de défaites les joueurs sont toujours beaucoup plus « négatifs » que les semaines de victoires mais un joueur qui a bon appétit ou dort très bien tout au long de l’année et qui, tout d’un coup, change de comportement doit nous mettre la puce à l’oreille. »

L’analyse est aussi extrapolée au collectif et les nombreuses données collectées chaque jour et chaque semaine permettent de mieux définir les besoins « poste par poste » comme Vincent Goddeliere nous l’explique. « Nous savons désormais caractériser l’exigence de la tâche d’un rugbyman moderne. Nous pouvons nous servir de cela pour planifier les semaines d’entrainement et faire progresser les joueurs dans ces zones-là ». Ni besoin de faire des marathoniens ni besoin de sprinter sur 100 ou 200 mètres car le profil GPS d’un match de rugby correspond beaucoup plus à une répétition de sprints courts à haute intensité que de grandes courses qui utilisent et développent d’autres ressources énergétiques et musculaires. Ainsi la meilleure façon de progresser est de connaitre parfaitement les besoins et les contraintes de l’action que l’on doit mener. C’est tout l’objectif de cette nouvelle analyse qui est encore au stade embryonnaire de son développement. « Pour l’instant, les Data nous permettent de mieux connaitre les charges physiques, mécaniques voire plus subjectives imposées par notre sport. Cela nous aide « à encadrer les semaines de travail » en fonction de l’état individuel des joueurs ou des spécificités de la compétition que nous disputons (qui peuvent avoir des intensités différentes). Dans le futur, la technologie devrait nous permettre de collecter de plus en plus de données afin d’anticiper encore davantage et d’aller vers de nouveaux niveaux de performance. »

Encore nouvelle dans notre sport, l’analyse des « Data » traine encore parfois une image de « flicage » dans l’esprit des joueurs. Ce sera probablement une des dernières barrières à lever pour accéder à de plus en plus de données susceptibles de faire progresser nos joueurs et le rugby en général. La collecte de données n’est-elle pas la base de la science ? En observant la répétition de phénomènes, les scientifiques ont prouvé les plus grands principes de l’humanité et montré que l’avenir pouvait, dans certaines conditions, être prévisible. Mieux connaitre « son monde » est toujours une meilleure façon de l’aborder même si le Rugby restera encore pour longtemps une science inexacte …